Langue bretonne

Histoire et Evolution de la langue Bretonne

Le breton et le gaulois

Le breton est une langue d’origine celtique.

Les langues celtiques couvraient dans l’antiquité une bonne partie du territoire de l’Europe centrale et occidentale, ainsi que les îles britanniques.

Le celtique des îles britanniques était scindé en deux groupes, le goidélique en Irlande et le brittonique dans l’actuelle Grande-Bretagne. Au nord de l’Ecosse il y avait également le picte. D’après ce que l’on sait, c’était une langue plus proche du brittonique que du goidélique. Cette dernière langue serait restée vivante jusqu’à la fin du IXe siècle mais n’aurait pas survécu à la conquête de la région par les Scots venus d’Irlande, qui ont apporté avec eux leur langue, le gaélique, devenue de nos jours le gaélique d’Écosse.

Le celtique parlé sur le continent, et que l’on nomme gaulois pour la partie qui regroupe l’actuelle France, la Belgique et le nord de l’Italie, semble peut-être plus proche du brittonique. Ceci est compréhensible car plusieurs peuplades gauloises ont traversé la Manche et se sont installées de l’autre côté, comme les anciens Belges, eux également des Celtes, ou bien alors des Germains celtisés. De toutes façons, les échanges étaient intenses entre les deux rives de la Manche, sans oublier que la Bretagne d’alors (= la Grande-Bretagne) renfermait de grands centres sacerdotaux druidiques.

Dans l’Aremorica regio, cinq peuples se partageaient la péninsule : les Redones (à l’origine du nom de Rennes), les Namnètes (Nantes), les Coriosolites (Corseul), les Osismii (Carhaix) et les Vénètes (Vannes). Ces derniers avaient le monopole sur le commerce maritime entre l’île de Bretagne et le continent.

Avec la défaite face à l’empire romain, la civilisation celtique va péricliter et une civilisation gallo-romaine va se développer. Les parlers gaulois déclinèrent au profit de la langue de l’administration romaine. Dans l’île de Bretagne, malgré la romanisation, le peuple garda sa langue et une grande partie des structures traditionnelles. L’Irlande, quand à elle, ne fut jamais conquise et conserva sa langue, le goïdélique, à l’origine des trois langues modernes de la branche gaélique des langues celtiques : l’irlandais (en Irlande), le gaélique d’Écosse, et le mannois (à l’île de Man).

Sur le continent, les parlers gaulois devaient probablement subsister dans l’Ouest de la péninsule. De forts contingents bretons traversèrent la Manche et s’installèrent sur place à la demande des Romains, apportant avec eux leur langue brittonique, ainsi qu’une part importante de leur civilisation celtique mâtinée de culture latine, surtout pour les classes aisées. De nouvelles vagues suivront durant les siècles suivants. La faiblesse de l’implantation de la langue latine va probablement faciliter l’adoption du breton par les populations locales. Le fait également que les Bretons fussent chrétiens contrecarra l’influence du latin, langue de la nouvelle religion dominante qui gagnait sur les populations païennes de langue gauloise.

Entre 500/600

Le brittonique donne naissance à de nouvelles langues, le breton en Armorique, le gallois au pays de Galles et le cornique en Cornwall (Cornouailles insulaire).

Le vieux breton

Ce terme désigne le breton parlé en Bretagne entre les VIIe et XIe siècles. De nombreuses gloses (notes mises en marge de textes latins) nous sont parvenues de cette période, mais un seul texte en prose, un traité de médecine. Vers le XIIe siècle le nom traditionnel de Ledav pour désigner la Bretagne disparaît de l’usage en breton, le terme Breizh l’a définitivement supplanté (mais en gallois, la Bretagne se dit toujours Llydaw).

Jusqu’au IXe siècle, le breton est la langue de tous, tant de la noblesse que du peuple. Mais les conquêtes des princes bretons entraînant l’annexion de terres de langue romane font que les dirigeants bretons se romanisent peu à peu.

Ce phénomène culturel s’est amplifié après les sombres années des invasions normandes. La Bretagne n’a pas retrouvé ses limites extrêmes et ses gouverneurs se sont fixés à Rennes et à Nantes, en pleine zone romane, et l’ancien français devient à partir du XIIe siècle la langue des souverains bretons. La vie culturelle bretonne a ainsi subi de grands bouleversements entre le IVe et le XIIIe siècle : d’abord tournée vers l’île de Bretagne, la Bretagne armoricaine regarde de plus en plus vers le continent.

Le moyen breton (XIIe-XVIIe)

La réunion du duché de Bretagne au royaume de France en 1532 va modifier profondément le paysage linguistique breton.

Pour la défense du français face au latin, l’édit de Villers-Cotterêts (1536), pris par François Ier, donne le français comme seule langue officielle dans tout le royaume. Malgré cet édit, les clercs de basse Bretagne continueront à rédiger les actes paroissiaux en latin.

En 1659, Louis XIV impose l’usage unique du français dans tous les actes de la vie publique. Cette période sera marquée par la formation des dialectes de Cornouaille, de Léon, et du Trégor, jusque-là peu ou pas différenciés. De cette époque nous sont parvenus de nombreuses pièces de théâtre et de longs textes en vers, souvent édifiants.

Le breton pré-moderne

On le fait généralement démarrer vers le milieu du XVIIe siècle. Les prêtres ne sont plus lettrés en breton et transcrivent les noms de famille et de village sous leur forme orale. Les emprunts au français s’accélèrent, relayés par les églises où des ouvrages de piété sont rédigés dans une langue mêlée d’un grand nombre de termes français à peine bretonnisés (que l’on surnomme “brezhoneg beleg” = du breton de curé).

Entre 1723 et 1752 on compte pas moins de quatre dictionnaires. En réalité, la langue parlée par le peuple était bien plus correcte et plus pure. Cependant le breton résiste à la pénétration du français, la haute Bretagne constituant une sorte de rempart linguistique entre les deux langues.

A la Révolution, pour faire connaître les lois et les décrets, il est fait recours au bilinguisme, mais la langue employée reste truffée de termes français. La Convention et l’abbé Grégoire cherche à éradiquer toutes les langues de France et à promouvoir le seul français parisien et académique, c’est la fameuse phrase : « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l’émigration et la haine de la République parlent allemand… La Contre-révolution parle l’italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d’erreurs. » Tous les moyens sont bons et commence alors ce qu’on a appelé la « terreur linguistique ».

Le breton moderne

Dans le courant XIXe siècle, le collectage initié par Hersart de La Villemarqué, auteur du fameux Barzaz-Breiz, a permis de sauver un grand nombre de chants bretons.

C’est au cours de ce siècle également que le grammairien Le Gonidec (1775-1838) proposera une normalisation de la grammaire et de l’orthographe du breton, et jettera les bases d’une langue littéraire unifiée. Le Gonidec, dans ses dictionnaires, part du principe qu’il faut purifier le breton afin d’en supprimer les mots par trop français (galleg) qui envahissent le breton parlé, alors que des mots bretons correspondants existent.

Le breton, langue contemporaine

Le XXe siècle se caractérise par une diminution sensible des locuteurs monolingues bretons d’une part, puis bilingues. Non enseigné, non diffusé par les médias, le breton a été victime d’un français promu langue unique de l’Etat, et ce par tous les moyens : par la proscription dans la vie administrative, par le service militaire et l’émigration, tous deux sources forcées de francisation, et bien entendu par la scolarisation d’où il sera banni, voire pourchassé.

Les luttes revendicatives menées tout au long du siècle se traduisent néanmoins par certaines avancées, hélas tardives. Des initiatives privées, telles Diwan, et des revendications portées par des associations ont amorcé son enseignement dans un premier temps.

Par manque de mots appropriés dans la langue parlée, le peuple souffre d’une contamination abusive par le français au niveau du vocabulaire. Le breton ne pouvait trouver sa place dans le monde en voie d’industrialisation, il apparaissait donc urgent aux lettrés d’enrichir la langue bretonne si l’on voulait éviter sa marginalisation. Dans un travail commun, leur premier effort se porta sur l’unification de la langue dont les différences n’empêchaient nullement une large compréhension de la langue.

Des linguistes comme Roparrz Hemon, François Vallée et bien d’autres hommes de lettres – poètes, écrivains, journalistes – choisirent le KLT (Cornouaille, Léon, Trégor) d’une part, et le vannetais d’autre part (à partir des noms des anciens évêchés où se parlaient ces dialectes). Et de là ils entreprirent la modernisation de la langue, en optant pour un breton unifié reconnaissable par le breton parlé, grâce à des mots composés (capable de tout exprimer) inconnus du français (comme par exemple pellgomz, téléphone, de pell « loin” et komz « parler”).

Le breton, quel devenir ?

Par manque de statut et de reconnaissance, pourtant stipulés dans les textes internationaux qui intègrent la notion de droits linguistiques mais que la France refuse d’appliquer, le breton a toutes les peines à se développer et à se transmettre. Faute de soutien dans la vie publique et sociale, la langue parlée par les néo-bretonnants n’a pas toujours la qualité requise.

Une forte mobilisation, des moyens adéquats, un système d’enseignement performant aussi bien pour le système scolaire que pour les adultes désireux de parfaire ou simplement de se ré-approprier la langue, des médias de valeur, devraient être mis en place pour assurer une transmission de qualité, avec l’intonation, la musique de la langue, les tournures idiomatiques, une syntaxe la plus correcte possible, un vocabulaire riche et varié capable d’exprimer tous les aspects de la vie moderne… pour que le breton puisse vivre comme toutes les autres langues.